A PROPOS

Que ce soit limité au format d’une feuille de papier ou à celui d’un mur, ce qui caractérise les interventions plastiques de Philippe Marcus est que toujours il fuit l’image. Jamais il n’emprisonne le regard dans le trou du cul d’une prescription visuelle. A peine posé sur son œuvre l’œil rebondit d’un point à un autre, sautille. Ce qu’il ce passe est toujours ailleurs que sur le lieu même de son travail.
Certainement, parce que Philippe Marcus nous entretient de la complexité des choses, et il serait erroné de ne considérer cela que du seul point de vue plastique.
Il combine des motifs qui circulent dans une même œuvre, voyage dans une autre. Il passe d’un brouillon feint, à une peinture maitrisée, et construit une manière de voir où se métissent cultures et techniques. Mais ce qui domine c’est, au travers ses signes affirmés, la présence de la main comme s’il tenait à ce que l’acte de la peinture l’affirme comme sujet.
Que faire du bouillonnement des signes et des images pour celui qui se pose en face et les contemple ? Reconnaître sa main. Mais au-delà, comme tenu par elle, aller dans un ailleurs proche, au revers de notre monde, et ainsi, Philippe Marcus avec ses métaphores plastiques nous invite sans doute à voir le monde tel qu’il est, bien plus optimiste qu’on le prétendrait. Ne serait-ce pas le rôle de l’artiste de nous révéler quelques vérités cachées.

Théodore BLAISE



Philippe Marcus, Démons et Merveilles


 

Il est aujourd’hui d’usage courant dans les textes décrivant la pratique d’un artiste, surtout lorsque celui-ci est encore relativement jeune, de parler de son « travail ». Le lecteur me permettra pour une fois d’employer le terme « d’oeuvre » même si celui-ci pourrait paraître quelque peu ronflant. Je me permets donc cet usage car il est à mon avis le plus à même de rendre compte du processus de création chez Philippe Marcus. Quelque chose est ici « à l’oeuvre » c’est à dire quelque chose qui se déploie ou se déroule, à l’instar des « cents démons » gigantesque fresque réalisée fragment par fragment sur un rouleau de dix mètres de long, que son auteur n’aura eu le loisir d'appréhender qu’une fois terminée et installée dans un temple bouddhiste de Taïwan. Il n’est d’ailleurs pas non plus innocent de ma part d’évoquer le terme « d’auteur » et d’invoquer ici ses « démons ». La dénomination d’auteur à propos de Philippe Marcus correspond à sa volonté perpétuelle de développer un langage, une écriture. Là encore ce sont des termes fréquemment employés pour définir un travail de peintre mais pas toujours à bon escient. Ici le terme d’écriture correspond à la vision orientale de la peinture développée par Marcus dans son oeuvre, c’est à dire qu’il existe un lien fondamental entre littérature et peinture, ce lien pouvant justement être définit par le terme d’écriture. Rien d’étonnant donc au fait d’employer le terme d’oeuvre pour parler de la peinture de Marcus au même titre que chaque fragment de celle-ci pourrait se définir en terme d’ouvrage. Mais qu’y a-t- il donc à l’oeuvre dans la peinture de Marcus? Des démons justement, pas dans le sens négatif que nous leur connaissons généralement, mais plutôt au sens du daïmon de Socrate, cet esprit intermédiaire entre les hommes et les dieux. C’est que cet orientalisme qui imprègne l’oeuvre et la personne de Philippe Marcus est avant tout l’expression d’un paganisme visionnaire, traquant le vivant et le vibrant dans chaque objet et chaque forme. L’accumulation d’indices graphiques n’a pas pour but d’être une démonstration de puissance picturale, mais bien de confondre cette présence invisible, ce daïmon, avec humour souvent, ainsi qu’un mépris flagrant pour le « bon goût » mais toujours avec ce soucis de l’élégance propre aux écrivains.

Thomas PERINO


Souvent interrogé sur la question des frontières entre la peinture la sculpture ou l'installation Philippe Marcus nous dit que son regard est celui d’un peintre : il n’est ni figé ni arrêté. Il existe par lui-même en demeurant dans une sorte de mobilité par rapport au monde et pour son rendu lisible. Dans ses derniers travaux, Philippe Marcus installe l’œuvre dans cette durée singulière où le sujet du tableau traverse le champ de la matière et se prolonge en se confondant avec l’objet. En instaurant des attaches entre science-fiction et images de mythologies, il emprunte des leurres de l’imaginaire et instaure un univers de sens. Celui-ci comme un fil passant en certains endroits, en dessous et dessus de l'image. Surface et Volume sont mis en mouvement et produisent de l'un à l'autre, ce lien de sens qui donne le pouvoir d’évocation et cette sensualité qu’on attribue aux corps. C'est en cherchant surtout à définir les concepts d'espaces, c'est-à-dire non ce qu'ils sont en réalité, mais ce que nous avons dans l'esprit lorsque nous en parlons que l'artiste conteste les méthodes de présentation et nous invite à questionner l’appropriation de l’œuvre. La fresque murale devient ainsi réponse et parenthèse, transformation et interaction. La science, la mythologie, ou le surnaturel deviennent à leurs manières de nouveaux objets qui interrogent notre rapport au support matériel qui se présente à nous. L’abstraction reste une peinture avec objet nous dit Philippe Marcus il ajoute en forme de constat ou de défi « J’ai arrêté la peinture car je fais davantage de murs, parce que je dois faire basculer mon travail dans un «sans titre » comme en équilibre sur un fil d’ailleurs je travaille aussi les fils actuellement » Philippe Marcus s’intéresse à la ligne peinte, mais pas au fétiche car la chose ne reste pas. C'est aussi une peinture qui disparaît car il arrive qu'elle soit recouverte sur ses murs, presque pour signifier la volonté de rester au plus proche de ce qui fait la durée de l’humain. C’est ma manière dit il en citation de « tuer la peinture et donc passer au final plus de temps à la faire renaitre » Philippe Marcus dit pratiquer aussi pour la valeur de la pratique, mais sans jamais jouer le jeu complètement. Il est parfois à la frontière du non choix dans ce « sans titre » qui se comprend plus comme une négation sorte de « non-dit-intitulé » et pas seulement comme une absence de nomination. Cette expérience de pratique c’est en définitive une performance pour faire de la peinture son auteur semble nous faire aller plus loin et nous faire accéder à une réalité non temporelle et non spatiale. Mais là encore, d'une manière ambiguë ; il n’y a pas d’interdit qui empêche de dire la peinture, c’est de la structure même de cette peinture de se lire entre les lignes. C’est le sens qu’il faut reconnaître à ce qui est le lieu singulier de l’artiste. Sans doute est-ce cela qui rend lisible ce que Philippe Marcus a savamment soustrait, jusqu'à préserver son œuvre dans cette petite différence , c’est à dire différence absolue, car il suffit de quelque chose comme un objet, une image, une toile libre, un châssis ou un simple fil pour faire ressurgir le sens primitif d'un de ses tours. Ce n’est pas l’effet de l’interdit qui fait qu’on ne sait pas dans quel espace le contenir, mais c’est que nous continuons à le suivre et que nous restons suspendus . Philippe Marcus en fait une sorte de grand jeu de renvois qui n’est autre que le trait continu d'un processus vivant habité, parce qu'il fait apparaître ce qui est comme une certitude partagée rendue pleine et authentique.

Réda OTMANE TELBA